Milieu alpin

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Cimes alpines…

Dans une Europe de plus en plus urbanisée, même si la montagne n'échappe pas aux tentatives d'exploitation par l'homme, elle reste le milieu sauvage par excellence. Ce royaume de grands espaces peuplés d'une faune indomptée, d'une flore riche, fragile et surprenante, théâtre de paysages vertigineux et de phénomènes climatiques grandioses, cet inépuisable terrain de jeu est de plus en plus mis en avant par la mode de la randonnée tous publics et des sports d'hiver. Autrefois domaine réservé des bergers et des alpinistes, la montagne voit depuis quelques décennies des vacanciers de tous horizons se presser sur les sentiers et sur les pistes, en quête de quiétude ou de sensations fortes, en quête souvent d'un retour à des choses simples ou d'une expérience dépaysante à peu de frais.

La montagne est envoûtante, mais elle met face à lui-même celui qui la visite. Les dangers y sont aussi nombreux que les splendeurs. La présence en montagne d'un public de plus en plus large et inexpérimenté cause une multiplication de petits bobos et de gros accidents. Les secours en montagne sont très sollicités, parfois pour rien, par une population qui prétend bénéficier d'un milieu exceptionnel sans devoir assumer les responsabilités qui vont avec : connaissance du milieu, des techniques, de ses limites. Les accidents sont fréquents et se soldent régulièrement par la mort ou par de très graves séquelles irréversibles.

Cet article cherche à être une fenêtre ouverte sur la montagne, mais les techniques d'alpinisme sont hors-sujet car leur "apprentissage" sur Internet ferait à coup sûr plus de mal que de bien.

Si une bonne compréhension du milieu aide largement à prévenir déconvenues et accidents, elle entraîne aussi l'amateur dans un univers foisonnant où l'émerveillement est sans limites. La montagne peut changer quelqu'un pour le restant de sa vie, pour le pire ou pour le meilleur... J'espère que la lecture de cet article vous donnera autant de plaisir que j'en ai eu à l'écrire, et qu'il saura non seulement rendre des services concrets mais aussi, pourquoi pas, éveiller une curiosité nouvelle pour le monde des cimes.


Sommaire

Types de terrains

La nature du terrain qu'on va trouver à un endroit dépend de plusieurs facteurs, et le premier d'entre eux est l'altitude. C'est la fameuse notion d'étagement de la végétation, classification plus ou moins heureuse qui rend compte du changement de végétation selon l'altitude. L'étage le plus bas, mettons au dessus de 700 mètres d'altitude, est souvent appelé étage montagnard. Selon la région on y trouvera typiquement des forêts de grands feuillus ou des maquis. Les animaux et la végétation y sont très semblables à ceux qu'on trouverait dans n'importe quelle grande forêt de plaine, dès lors qu'ils s'accommodent des particularités d'un terrain escarpé. Au-dessus de l'étage montagnard, il y a l'étage subalpin sur lequel règnent les conifères (mélèzes, pins, sapins, épicéas selon les régions), puis l'étage alpin où les arbres ne poussent plus ou à peine. On peut situer l'étage alpin entre 2 500 et 3 000 mètres d'altitude par exemple, bien que l'étagement soit très largement influencé par l'exposition de la pente ou l'ensoleillement de la région. On peut avoir une jolie forêt de conifères sur une pente exposée au sud (un adret) qui prendra le soleil et sera plus chaude que la pente d'en face, exposée au nord (un ubac), plus fraîche, où à la même altitude il n'y aura déjà plus que la prairie alpine. Enfin au-dessus de l'étage alpin se dresse l'étage nival. C'est le monde de la roche et des neiges éternelles ; les conditions extrêmes de froid et de rayonnements solaires sont peu propices à la vie. Endroit désolé en apparence, l'étage nival n'est pas moins riche en curiosités que les étages inférieurs.

A venir :

  • Forêts
  • Marnes

etc.

Pierriers

Un pierrier est un terrain dont la surface est recouverte par un vaste empilement de pierres, sur lesquelles poussent souvent des lichens. Selon les endroits, la taille moyenne des pierres d'un pierrier varie de la taille d'une pêche à la taille d'une voiture, et plus parfois. Les pierriers sont souvent le résultat du retrait d'un glacier, où les roches arrachées et déplacées par la circulation de la glace sont mises à nu. D'autres pierriers sont tout simplement des cônes d'éboulis, où se sont amassés des fragments de roches tombés des falaises qui les surplombent. Dans tous les cas ils représentent un terrain où la progression peut être rapide et sûre si les blocs sont stables et adhérents, ou au contraire très dangereuse s'ils sont instables ou glissants. S'assurer de la stabilité d'un bloc avant de transférer son poids dessus est vital. Au printemps et à l'automne, lorsque les pierriers sont recouverts de neige molle ou d'une croûte fragile, s'y déplacer devient très pénible ; on s'y fait souvent happer une jambe dans un trou de neige, ou bien on doit traverser des congères molles et profondes. On s'y retrouve ralenti et vite fatigué. En été, les pierriers peuvent être agréables à fréquenter mais ils rayonnent souvent beaucoup de chaleur, et l'eau en est généralement absente car elle coule sous l'empilement de blocs, inaccessible. Lorsque les blocs sont de la taille d'un ballon de football, ils peuvent facilement être déséquilibrés lorsqu'on marche dessus, rattraper le pied qui avance et coincer une cheville sous leur poids ; c'est une source d'entorses voir de fractures à ne pas négliger. Des chaussures montantes qui protègent les chevilles des attaques de pierres sont à recommander sur ce terrain. Certains parcours balisés de randonnée comportent de longues traversées de pierriers.

Glaciers

Un glacier résulte de l'accumulation de la neige en altitude dans un cirque glaciaire. Celle-ci, sous son propre poids va se tasser et se densifier en expulsant l'air contenu dans les interstices, pour aboutir à une masse de glace compacte. La glace possède une plasticité importante, elle va donc s'écouler lentement sous l'effet de son poids et de la gravité. Un glacier est donc une structure en perpétuelle évolution.

Les zones caractéristiques d'un glacier

Un glacier peut être découpé en trois zones :

  • La zone d'accumulation : elle est située en amont du glacier et couvre 30 à 50% de la superficie totale de celui-ci. Elle prend en général place dans un cirque glaciaire qui permet l'accumulation rapide de neige de par sa forme en "entonnoir". Cette zone est située dans l'étage nival.
  • La zone de transport : elle est caractérisée par une épaisseur de glace importante (plusieurs centaines de mètres), ce qui a pour résultat une forte érosion de la roche supportant le glacier, ce qui abouti à des vallées en "auge" caractéristiques.
  • La zone d'ablation : c'est là que le glacier commence à fondre et perd une partie importante de son épaisseur. Au niveau du front glaciaire, le glacier disparaît. L'évolution de celui-ci est aisément reconnaissable puisque le glacier, en fondant, laisse une formation morainique appelée moraine de front caractéristique.

Actuellement, à cause d'une variation exceptionnelle du climat, les trois zones peuvent se trouver très réduites voire inexistantes. Certains glaciers ne sont plus en équilibre, c'est-à-dire que l'apport de neige est inférieur à la fonte, d'où l'observation de reculs importants et de disparitions de glaciers.

Écoulements du glacier

Un glacier est en perpétuel mouvement. Ce mouvement est dû à l'écoulement de la glace par gravité. Il peut aussi être favorisé par l'eau de fonte des glaces qui joue le rôle d'un lubrifiant entre les parois et le glacier, mais aussi par la présence de galets à l'interface qui jouent le rôle de roulements à billes. Un glacier peut ainsi s'écouler de quelques centimètres par jour en hiver et de plusieurs mètres par jour en été, là où la fonte est la plus importante. Le record actuel est de quarante mètres par jour, observés au glacier de Kangerdlugssuaq, situé au Groenland.

Types de glaciers

Glacier de vallée

Ces glaciers s'écoulent dans une vallée plus ou moins longue, ils prennent leur source de neige dans des cirques, généralement d'extension réduite. La longueur de la vallée est très variable, de quelques kilomètres (glaciers de cirque) à quelques dizaines de kilomètres. Un glacier de vallée peut résulter de la confluence de plusieurs petits glaciers de vallées annexes. L'exemple le plus célèbre en France est la Mer de Glace.


Glacier suspendu

Ces glaciers sont de faible extension, ils prennent place sur le flanc escarpé d'une montagne. Ils ne sont en général composés que d'une zone d'accumulation, la perte de matière se faisant par la chute de séracs ou par sublimation de la glace (transformation glace-vapeur). En France : glacier de l'Ailefroide, glacier de la Momie sur le Pelvoux en France, glacier des Grands Couloirs sur la Grande Casse.

Glacier de cirque

Ce type de glacier est un glacier de vallée "miniature", en ce sens que la zone d'accumulation est un cirque, mais que les zones de transport et d'ablation sont très réduites, voire inexistantes. Exemple : le glacier d'Arsine en France.

Modelé glaciaire

Les différentes formations glaciaires

Le modelé glaciaire est l'un des plus intéressants qui soit car il est facile à mettre en évidence et donc à comprendre.

  • Une moraine est composée de matériaux charriés par le glacier. La caractéristique principale d’une moraine est qu'elle est composée de matériaux non granoclassés, c'est-à-dire que des blocs coexistent avec des sables et des sols plus fins. Les moraines peuvent prendre naissance et se trouver à trois endroits du glacier : à son front (moraine frontale), sur la côtés (moraine latérale) et enfin au centre du glacier (moraines médianes).
  • Un drumlin est une colline allongée et composée de moraine.
  • Un kettle est un petit lac circulaire ou sub-circulaire formé dans une emprunte ponctuelle du glacier.
  • Un kame est un dépôt fluvio-lacustre en forme de butte irrégulière, composée de sédiments fins et formés par les eaux de fonte du glacier.
  • Un esker est une formation allongée composée de dépôts issus d'une rivière sous-glacière.
  • Un bloc erratique est un rocher pouvant peser plusieurs centaines de tonnes et déposé par un glacier lors de sa fonte.
  • Un sandur est une plaine glaciaire formée par l'accumulation de sédiments et de débris glaciaires relâchés par le glacier et déposés par les eaux de fonte du glacier.
  • Le lœss est un dépôt éolien constitué de fines particules (argiles, sables, etc.) prélevées sur les sandurs, transportées parfois sur des milliers de kilomètres et déposées sous un climat périglaciaire. Il est en général très fertile.


Tout sur les glaciers
Site de l'Université de Grenoble sur las glaciers

Prairies alpines

Réseaux de barres rocheuses

Lapiaz

Lapiaz

Lapiaz est un terme d'origine jurassienne ayant pour synonyme lapié ou lapiez : ce sont des ciselures superficielles creusées par les eaux en terrain calcaire. Elles sont dues à la dissolution par l'eau de pluie du calcaire ou des marnes présentes (même processus que pour un karst). Il en résulte des reliefs tourmentés pouvant s'avérer dangereux pour le randonneur par le tranchant de certaines figures de dissolution ou encore par la profondeur des vides pouvant être ainsi créés.






L'eau

Les Alpes ne manquent pas d'eau. Des torrents y coulent toute l'année.

À VENIR

Le climat, le relief et l'altitude

Pour qui ne s'y attend pas, le climat montagnard est surprenant par son imprévisibilité. Les extrêmes s'y côtoient, très proches dans le temps et dans l'espace. Un versant peut être ensoleillé et baigner dans des températures agréables quand le versant d'en face reste glacé. En plein mois de juillet, même à des altitudes modérées n'excédant pas 2000 mètres, une journée peut s'annoncer ensoleillée, illuminée par un parfait ciel bleu, et une heure plus tard la température peut avoir chuté de 15 degrés, le vent s'être levé, et un brouillard intense peut emprisonner le promeneur inattentif. Inversement, le soleil peut être de plomb et l'hyperthermie frappe facilement. L'hiver, le froid en altitude peut être littéralement sibérien ; il n'est pas rare de voir la température nocturne passer sous les -45°C en hiver sur les plus hauts sommets des Alpes. En moyenne montagne, en haut des pistes de ski, -25°C est une température courante par les petits matins d'hiver.

À l'échelle macroscopique, la température décroît avec l'altitude : elle baisse de 6 degrés Celsius, environ, tous les 1 000 mètres. S'il fait 20 degrés à Chamonix (1 000 m d'altitude) , il fait (sans vent) -3 au sommet du Mont-Blanc (4 810 m env.).


La raréfaction de l'air

Plus on monte dans l'atmosphère, plus la pression de l'air ambiant diminue. Par la même occasion, la quantité d'oxygène respirable s'amoindrit, et la respiration devient plus difficile. A 3 000 mètres, il y a 30% d'air en moins qu'au niveau de la mer. Au sommet du Mont-Blanc, il y a presque deux fois moins d'air qu'à Cannes (hors saison touristique).

Se déplacer à ces altitudes exige donc des efforts supplémentaires. On le ressent particulièrement dans les poumons qui brûlent, ou dans la tête qui tourne si on se précipite un peu trop fort. Il est bon d'avoir une condition physique correcte en plaine pour ne pas être trop pénalisé par l'altitude. Une personne dont la condition physique n'est pas brillante en plaine sera essoufflée par le moindre déplacement à 4 000 mètres, si tant est qu'elle arrive à grimper jusqu'à cette altitude. En montagne plus qu'ailleurs, une bonne capacité cardio-pulmonaire évite bien des déconvenues. Si l'on ne fréquente pas souvent les montagnes, il est bon de s'astreindre à un bon entraînement cardio-pulmonaire en plaine avant un séjour en altitude : course d'endurance, course fractionnée, vélo, natation...

Au delà de 3 000 mètres, la plupart des gens peuvent être sujets au mal des montagnes. Pour faire face au manque d'oxygène, le corps produit rapidement en grande quantités des globules rouges. Cela a pour effet d'augmenter la viscosité du sang. En quelques heures, dans tous les organes, le sang circule moins facilement dans les capillaires les plus fins. Le cerveau est très sensible à cet effet. Il se retrouve sous-oxygéné. En parallèle, un œdème cérébral léger sans réelle gravité se forme. L'hypoxie cérébrale et l'œdème donnent lieu à des symptômes tels que migraines et états fébriles, incapacité à faire le moindre effort, éventuellement accompagnés de vomissements. Aux altitudes alpines, le mal des montagnes peut être très handicapant. Il est largement suffisant pour clouer sur place celui qui en est atteint. Toutefois, en l'absence de faiblesses cardio-vasculaires latentes, il ne laisse aucune séquelle et n'évolue normalement pas vers les stades mortels de l'œdème pulmonaire aigu et de l'œdème cérébral aigu qui menace les himalayistes ou les simples trekkeurs en voyage au Népal.

Il n'y a aucun remède miracle au mal des montagnes. La seule prévention consiste à laisser au corps le temps de s'acclimater à l'altitude. Lorsqu'on est atteint, si le mal est léger, on peut envisager de faire un palier de 24 heures avant de continuer à monter. Si le mal est plus sérieux, il faut redescendre de quelques centaines de mètres et reprendre l'acclimatation à partir d'une altitude inférieure. La montée doit ensuite être progressive. L'aspirine, avec ses effets sur la viscosité du sang, peut être tentée comme traitement provisoire pour donner la force à une victime affaiblie de redescendre un peu ou soulager une migraine passagère. Dans tous les cas, veiller à son hydratation aide à fluidifier le sang, d'autant plus que l'air sec déshydrate et l'air froid n'incite pas à boire.

Les moyens mécaniques qui font rapidement prendre beaucoup d'altitude, comme par exemple les téléphériques, sont des causes communes de mal des montagnes. Mieux vaut monter tranquillement une pente en faisant un effort constant qu'être projeté à plus de 3 000 mètres par un téléphérique et commencer l'effort à cet endroit là sans aucune acclimatation.

Le soleil en altitude

L'atmosphère au dessus de nos têtes dissipe le rayonnement solaire. Plus on s'élève en altitude, plus la couche d'atmosphère qui nous protège est mince et moins elle est dense. De ce fait, plus on s'élève, plus les rayonnements solaires sont intenses. Ainsi, en hiver, alors que l'air est plus froid, plus sec, et qu'il bloque moins bien les rayonnements solaires, le rayonnement ultra-violet à seulement 3 000 m d'altitude peut être presque 75% plus intense qu'en plaine [1]. Ce rayonnement est particulièrement nocif et est l'une des raisons majeures à l'absence de vie en haute altitude. Le rayonnement ultraviolet est encore amplifié par la réverbération sur la neige ou la glace s'il s'en trouve. Un glacier peut refléter la lumière deux fois plus fort qu'un plan d'eau !

Ainsi, même par temps couvert on attrape très facilement de violents coups de soleil. Pire, les yeux sont menacés. Une exposition au soleil en altitude peut entraîner en quelques heures une ophtalmie des neiges, même par temps nuageux. L'ophtalmie des neiges est une érosion de la cornée, qui se traduit par des douleurs violentes accompagnées de larmoiements, et même une cécité temporaire si les yeux ne sont pas rapidement protégés après l'apparition des premiers symptômes. Le traitement de l'ophtalmie consiste essentiellement à laisser la victime dans l'obscurité pendant 48 heures ; des collyres ou des pommades cicatrisantes prescrites par un médecin peuvent faciliter la récupération. Si une personne isolée est atteinte d'ophtalmie des neiges, elle s'engage dans une situation de survie redoutable : il va falloir composer avec la montagne sans avoir l'usage de ses yeux. Autant éviter ce mal, simple à prévenir et long à guérir.

Les rayons ultra-violets ne sont pas les seuls à s'intensifier avec l'altitude. La lumière visible et le rayonnement infra-rouge augmentent aussi. Le rayonnement infra-rouge accru est source d'insolations faciles, avec tous les risques qu'elles présentent dans cet environnement exposé. Une protection sur la tête est indispensable !

La protection contre le soleil passe par des lunettes de soleil adaptées, une crème solaire d'indice maximal, un couvre-chef et des vêtements. Les lunettes de soleil doivent répondre à la norme européenne EN 1836:1997. Cette norme classe les lunettes de soleil en différentes catégories en fonction du taux de filtration qu'elles offrent. Des lunettes de catégorie 3, éventuellement polarisées, sont à recommander en altitude en toute saison. Des lunettes enveloppantes ou coquées de catégorie 4 sont absolument indispensables sur les glaciers.

Vents

Les montagnes sont grosso modo sujettes à trois grandes sortes de vents. D'abord les vents dominants, résultant des structures atmosphériques de grande taille tels les anticyclones. Ces vents balaient les plus hauts sommets avec plus ou moins de violence. Les sommets sont toujours très exposés aux vents. Il est illusoire de vouloir se maintenir plus de quelques minutes sur un sommet notable sans être bien protégé du vent, ne serait-ce que par un poncho dans lequel on s'assoit ou par de bons vêtements coupe-vent.

En second lieu, le vent dominant se déstructure au contact du relief, et induit des vents locaux aux trajets aussi complexes que le relief lui-même. Ces vents peuvent être ascendants ou descendants, lents ou rapides, très variables d'un point à un autre même à peu de distance d'intervalle. Ils sévissent sur les pentes, dans les vallées, s'engouffrent dans les cols et tourbillonnent devant les falaises. Souvent ces vents sont violents aux cols, qui concentrent les flux d'air. Les cols, les sommets, et dans une moindre mesure les arêtes sont donc des endroits où on évitera d'envisager un bivouac ou même une pause trop longue, à moins de disposer d'un équipement en conséquence ou d'être en mesure d'aménager l'endroit, par exemple en creusant des trous dans la neige pour s'abriter.

Le troisième type de vent rassemble ceux générés par les écarts thermiques entre les sommets et les vallées, et nettement amplifiés par la proximité de la mer, comme c'est le cas sur une partie des Alpes et des Pyrénées. Dès le soir et durant toute la nuit, des vents froids descendent des sommets en longeant les fonds des vallées. Ces coulées d'air froid se déplacent comme un fleuve gazeux, en suivant les chemins de moindre résistance. Les fonds des vallons et des vallées y sont exposés. Pour le promeneur égaré qui commence à envisager un bivouac d'urgence, ces endroits offrent un visage rassurant : l'encaissement donne une impression de sécurité physique et coupe court au vertige éventuel, et la présence fréquente de larges zones plates et d'eau potable et courante avec un bruit reposant procure un bien être convaincant. Malheureusement, ces endroits sont justement ceux où les masses d'air froid nocturne circuleront le plus massivement et viendront transir l'imprudent qui s'y abrite. Si on souhaite bivouaquer au fond d'un vallon, il faut prévoir une bonne barrière au vent et une isolation plus importante que quelques dizaines de mètres plus haut, juste au dessus de la nappe froide. Dans les situations d'urgence où l'on manque de matériel pour se réchauffer, il faut considérer la possibilité de bivouaquer sur les pentes, moins confortables mais bien souvent beaucoup moins froides que les creux. Une pente exposée au sud peut-être encore plus clémente, sauf si la configuration particulière du terrain y crée des conditions défavorables. En journée, une fois que le soleil a réchauffé les falaises, c'est le phénomène inverse qui se produit : des ascendances chaudes remontent le long des serres en direction des sommets.

Brouillard

Le brouillard est fréquent en montagne, pour une raison simple. La montagne est le théâtre d'incessants mouvements d'air dans les trois dimensions. Des poches d'air montent, descendent, se déforment... Lorsqu'une poche d'air monte, elle se dilate. En se dilatant elle se refroidit. Et en se refroidissant, si elle est suffisamment humide elle verra son humidité se condenser sous forme de gouttelettes d'eau en suspension dans l'air : le brouillard. En toutes saisons ces ascendances humides sont une cause importante de brouillard. Plus généralement le brouillard peut se former partout où de l'air humide refroidit. Ainsi, les courants froids descendants qui se forment pendant la nuit conduisent à observer au matin une accumulation d'air refroidi dans les fonds de vallées et les cuvettes ; cet air peut être troublé par du brouillard. C'est ainsi qu'on voit souvent des fonds de vallées couverts de brume tandis que les sommets émergent dans le ciel bleu. Enfin, lorsqu'on manque de chance, on peut tout simplement se retrouver sur le chemin d'un nuage qui passait par là. Le résultat est le même.

Lorsqu'on est pris dans le brouillard, il faut considérer l'intensité de celui-ci, son étendue probable et sa durée probable.

On a coutume de mesurer l'intensité du brouillard en estimant la distance à laquelle on ne voit plus rien. Cette distance est bien sûr affectée par la couleur de l'arrière plan, et le brouillard sur une surface enneigée et peu contrastée a l'air d'autant plus impénétrable. On n'agira bien sûr pas de la même manière dans un brouillard qui permet de suivre aisément un sentier que dans un brouillard où l'on éprouve des difficultés à retrouver ses propres traces de raquettes.

Vu que les mouvements d'air sont très disparates d'un endroit à un autre sur une même montagne, le brouillard l'est aussi. Ainsi, lorsqu'on se retrouve dans la purée de pois, il n'est pas exclu que le vallon d'à côté soit au soleil, ou que la pente où l'on se trouve offre une bonne visibilité deux cents mètres plus bas. De même, il n'est pas exclu que le brouillard se lève une heure plus tard. Inversement, le brouillard peut s'étendre à toutes les altitudes sur des dizaines de kilomètres carrés, et persister pendant plusieurs jours.

Dans tous les cas, quelle que soit la météo au départ, il faut envisager l'éventualité d'être coincé un moment par le brouillard, dont la faculté à surprendre les randonneurs et les alpinistes n'est plus à démontrer. En cas de brouillard intense, il faut absolument veiller à pouvoir rebrousser chemin si nécessaire, et ne pas surestimer sa capacité à s'orienter sans point de repère. Mieux vaut s'en tenir à un sentier bien marqué, sur un terrain facile, plutôt que de commencer à tourner en zone inconnue pour voir si "le refuge n'est pas derrière ce petit col enneigé qu'on ne voit pas là-bas". La visibilité affaiblie rend difficile l'évaluation du terrain, et on a vite fait de s'engager dans des pièges dont on met longtemps à ressortir. Lorsque la visibilité est vraiment très courte, on peut même ne pas discerner une corniche en aval, le risque est alors énorme et il faut à tout prix s'en tenir à un itinéraire bien balisé ou déjà parcouru à l'aller. Bien sûr, l'idéal est encore de pouvoir minimiser la prise de risques en attendant sur place que le brouillard se lève, mais le vent, le froid, la pluie ou la neige peuvent rendre cette décision délicate et pousser à continuer le déplacement sans visibilité. En cas de déplacement dans le brouillard, attention : le brouillard fausse énormément la perception des distances. On peut avoir l'impression d'être beaucoup plus loin ou au contraire beaucoup plus près qu'on ne l'est vraiment de son objectif ou même d'un point de repère intermédiaire. Dans le doute, il faut se comporter comme si on était sûr de devoir passer encore toute la journée dehors, et ne pas se dire "c'est pas grave d'avoir froid, de toutes façons dans 10 minutes on arrive". Vous mettrez peut être des heures à localiser cet objectif qui peut être une cabane salvatrice.

Neige et avalanches

Dès lors que l'on s'aventure en montagne hivernale, voire à partir de certaines altitudes et/ou expositions (nord / sud...), au printemps puis en été (là nous sommes typiquement sur la haute-montagne), on doit se poser la question de la stabilité du manteau neigeux. En effet, qui dit neige dit, bien souvent, risque d'avalanche ! Et, contrairement à beaucoup d'autres risques rencontrés dans la nature, celui-ci présente la caractéristique de pouvoir tomber sur n'importe qui, quel que soit son niveau de pratique, et surtout de ne pardonner que très rarement (nous en parlerons plus tard). On peut toutefois, moyennant un minimum de connaissance du milieu et une bonne dose d'humilité, réussir à limiter les risques.

Commençons par une typologie des avalanches.

Les avalanches de poudreuse : cette avalanche résulte de l'écoulement d'une neige de faible cohésion, typiquement une neige bien froide, « sèche » et meuble (on n'arrive pas à faire de belles boules de neige avec une neige comme ça), tombée depuis peu et donc qui n'a pas eu le temps de se transformer. L'avalanche de poudreuse peut avoir plusieurs visages, depuis la petite coulée peu large sur pente faible, jusqu'à la grosse avalanche qui prendra la forme d'un véritable mur d'aérosol traversant les pentes à plus de 200 km/h, capable de tout coucher voire de remonter sur le versant d'en face. Prévention : s'il y a eu de belles chutes de neige froide les jours précédents, on évite les secteurs en forte pente (on va dire dès 30° de pente) ou surplombés par ce type de pentes.

Les avalanches de plaques : celles-ci sont traîtres... Elles ont lieu dans le cas de neiges assez cohésives. C'est d'ailleurs là que le bât blesse : comme le manteau neigeux a une bonne cohésion, une rupture de celui-ci se propage sur une large surface, qui part comme un forcené, rappelé par Newton. En une fraction de seconde, la montagne coule vers le bas en se fragmentant ! Détecter les risques de plaques est assez difficile, puisque le type de neige susceptible de partir en plaque est assez étendu (forte variabilité). De même, la plaque peut, une fois partie, garder une bonne cohésion, ou se transformer en aérosol. Le truc à retenir : c'est le type d'avalanche qui tue le plus de montagnards. Et elle se forme souvent après des périodes de vents forts, qui transportent la neige pour la déposer dans les creux. Surveillez bien les changements de neige, autant niveau consistance que couleur (eh oui, la neige peut avoir plusieurs nuances de couleur).

L'avalanche de neige humide : typiquement, celle-ci a lieu lors de redoux (printemps, foehn, pluie...). Lorsqu'il y a réchauffement, 2 phénomènes se produisent : l'eau alourdit la neige, d'une part, et casse les liens entre les liaisons entre les grains(on ne parle plus de flocons, dans la neige transformée) de neige. Comme l'avalanche de poudreuse, elle peut être de petite taille (une coulée) ou carrément dévastatrice, selon la pente et le volume de neige transportable et transporté par la coulée initiale. Plus c'est humide, plus ça va couler, allant même à se rapprocher des coulées de boues. Cette avalanche est relativement lente, de trajectoire prévisible, et... ne traînez pas sur une face sud à 4 h de l'après-midi en avril !


La prévention, maintenant ! En France, il existe les fameux bulletins neige et avalanche sur le site Internet de Météo-France. Ils classent le risque dans une échelle à 5 niveaux. 1 correspond à un risque faible, 2 risque limité, etc. jusqu'au risque 5, où ça part dans tous les sens, spontanément (c'est à dire même sans aucune surcharge du type skieur) et même sur des pentes faibles. Consulter le bulletin est une première étape indispensable.

Ensuite, en station, il est fréquent de rencontrer des drapeaux donnant une indication sur le risque avalanche du jour : Drapeau jaune : risque 1 et 2. Drapeau à damier jaune et noir : risque 3 et 4 Drapeau noir : risque 5.

Complément à venir : quelques aides à la prise de décision / évaluation du risque ; petit topo sur la recherche de victimes et conduites à tenir en prévention (garder ses distances en groupe, détacher les lanières des skis et les dragonnes, par exemple). Recette du vin chaud ;o).

Faune

Transformation par l'homme

Du bon usage des sentiers

Refuges et cabanes

Activités pastorales

Stations de ski

Urbanisation

Secours en montagne

(organisation, éthique, statistiques)


Les 4 hypo...

Avant d'aborder les secours en montagne par leur aspect organisation, techniques de secours etc., il convient de noter que la plupart des déclenchements de secours sont dûs à des détresses physiologiques (recherche de stats en cours, même si les stats c'est comme la minijupe, ça donne des idée mais cache l'essentiel). Hormis les maladies du type accidents vasculaires, qui peuvent se déclarer à tout moment, ou les maladies chroniques connues de la victimes et s'aggravant du fait des contraintes du milieu, il faut avant tout et ce pour toute personne s'aventurant en montagne se protéger des 4 hypos.

Si les Hippo(potames) sont les animaux qui font probablement le plus de morts en Afrique (après les moustiques !), les hypos qui suivent font le plus de mauvais souvenirs, d'interventions du PGHM, voire de morts (appelons un chat un chat) en haute-montagne...

Hypoxie : manque d'oxygène, lié à l'altitude ; la prévention est la seule manière d'agir efficacement : tout d'abord, être en forme (même si ça coule de source).Ça veut dire avoir une pratique régulière de sports d'endurance, course à pied, marche rapide avec du dénivelé. Ensuite, être acclimaté à l'altitude en faisant des sorties de plus en plus hautes les semaines précédant la course. Le jour J, 1 gramme d´aspirine en préventif contre les maux de tête peut être salutaire. Autre risques liés à l'altitude : le MAM, ou Mal Aigu des Montagnes : vomissements, abattement, nuit blanche, œdème cérébral de haute-altitude et œdème pulmonaire de haute-altitude (tous deux rares mais mortels à court terme).

Hypothermie : bah manque de chaleur... Là par contre vous avez de quoi vous en prémunir efficacement en vous habillant correctement. Attention au vent. Le système 3 couches a fait ses preuves : sous-vêtement respirant, polaire (en avoir une en rab dans le sac), veste coupe-vent (minimum). Attention aux extrémités qui se refroidissent vite et quelquefois douloureusement (une bonne onglés ça donne envie d´appeler sa mère...). Les pieds sont souvent négligés, or ils sont difficiles à réchauffer (donc si vous avez le moindre doute sur vos grolles, louez-en !). Un bonnet plus une écharpe ou mieux, une cagoule, sont indispensables en fond de sac : la tête est très irriguée, et on perd beaucoup de chaleur par là. Un gilet en duvet au fond du sac est un apport de chaleur potentiel particulièrement compact et léger. Son contraire : l´hyperthermie, est également couramment rencontrée même en haute-montagne. Pas bon, ça fait un peu perdre la boule (manque de discernement, troubles de l´équilibre...) en plus de l´altitude et de la fatigue. En plus ça fait transpirer, donc ça déshydrate et expose au coup de froid soudain si le vent et/les nuages s´y mettent.

Hypoglycémie : « mangez du brownie » ! Sans blague, c´est facile de s´y mettre même si ça paraît bête... Sur une course, on peut perdre un peu ses repères habituels que sont la p´tite faim, l´heure du repas etc... On peut mettre le creux à l´estomac ou les p´tites étoiles devant les yeux au crédit de l´altitude, et en oublier la faim. Alors : avoir dans son sac des sucres lents (ah les granny...) et rapides (pas trop), mais surtout des trucs qu´on aime et faciles à manger. Et 2-3 barres dans les poches, pour les plus réticents à quitter le sac à dos.

Hypohydratation : pas une rigolote, celle-là... Une seule chose à faire, mais ça vous le savez déjà : on boit sans soif !! Même du temps de Henry IV, on connaissait l´affaire. Lui-même se vantait, le matin, de « pisser clair et dru ». Ça veut tout dire... Sur un Mont-Blanc, compter au moins 2,5 litres par personne. Et pour boire sans soif, il faut pouvoir boire facilement. La pipette est tout indiquée dans ce cas, par contre elle est susceptible de geler. Le thermos de thé chaud et sucré (une bonne recette est d'y mettre du fructose, du miel et une pincée de sel) est une excellente source d'énergie, de chaleur et d'eau. À mettre impérativement au fond du sac dès qu'il s'agit d'une course engagée en milieu froid !

A noter que le cocktail des 4 Hypo est assez détonnant.