Renouée du Japon
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Reynoutria (=Fallopia) japonica Houtt
Noms communs : Renouée du Japon
Famille : Polygonaceae
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Description
- Jeune pousse issue d'un rhizome, cette grande plante vigoureuse a des tiges creuses érigées, rougeâtres, semblables à des cannes de bambou, de 1 à 3 m de haut. Sa croissance peut être de plusieurs centimètres par jour (de 1 à 8 cm d’après Brock). Les tiges aériennes meurent l’hiver et seuls persistent des bourgeons au niveau du sol (c'est une hémicryptophyte).
- Les feuilles inférieures largement ovales-triangulaires atteignent 15-20 cm de long et sont brusquement tronquées à la base. Elles sont alternes.
- Les petites fleurs blanches apparaissant en septembre-octobre sont disposées en panicules à l'aisselle des feuilles (au niveau de l'ochréa). Elles comportent 5 tépales persistantes, 8 étamines et 3 styles. Le fruit est un akène de 2-4 mm de long. Pollinisées par les insectes, les fleurs fournissent une source intéressante de nectar à une époque de l’année où les fleurs se font très rares. En France, les graines sont peu fertiles et la reproduction se fait surtout par multiplication végétative par l’intermédiaire de longs rhizomes, de fragments de rhizomes dispersés ou de boutures de tiges.
- La plante est considérée par Beerling et collaborateurs comme gynodioïque : elle comporte des individus mâles-stériles et des individus hermaphrodites. Aucun individu mâle-fertile n'est connu en Grande-Bretagne pour la var. japonica.
- Pour Lambinon et collaborateurs, les fleurs de cette renouée (observées en Belgique et nord de la France) « en apparence hermaphrodites dans le jeune âge, se comportent comme unisexuées - et les individus comme dioïques- : les fleurs dites femelles (ou mieux "mâles-stériles") montrent de petites anthères restant incluses dans le périgone et des stigmates bien développées, tandis que les fleurs dites mâles (ou mieux "mâles-fertiles") ont leurs anthères exsertes et productrices de pollen. Chaque colonie, s'étendant par voie végétative, est normalement formées d'individus semblables entre eux ».
Habitat et répartition
- La renouée du Japon affectionne les zones alluviales et les rives des cours d’eau où l’humidité et la richesse nutritive du substrat lui permet d’avoir une croissance optimale, conduisant à des peuplements monospécifiques. Elle peut former de larges fourrés denses. On la trouve aussi dans les milieux rudéralisés (bords des routes, alentours des jardins, terrains abandonnés). Elle s’adapte mieux aux terrains acides que basiques.
- Elle est largement répandue en Europe occidentale et centrale. Elle a colonisé l’ensemble de la France.
Usages alimentaires
- Au Japon, on la sert avec de la sauce soja. Quand elle est jeune, elle ressemble à une asperge et on peut la mettre dans la salade. On peut aussi la servir avec une sauce acide en la coupant en petits morceaux.
- Blanchies 3 min et revenues dans de l'huile de sesame, les jeunes pousses font un très bon accompagnement des poissons.
- Les fleurs peuvent décorer les salades.
- Les jeunes feuilles peuvent être cuites comme des bettes et servies avec une béchamel.
- Recette avec les pousses (gonpachi des préfectures de Kôchi et de Wakayama) : enlever la "peau" externe des jeunes pousses du printemps, malaxer avec du sel et faire sauter à la poële. Assaisonner avec du sucre, de la sauce soja, du saké, de l'alcool de riz mirin, de l'huile de sésame. Saupoudrer de bonite râpée et servir.
- Recette avec les jeunes feuilles : ébouillanter les jeunes feuilles, les passer sous l'eau froide, puis les laisser mariner une demie journée dans de la sauce pour les nouilles relevée par quelques épices. C'est alors un légume lisse et d'un goût délicieux.
- Renouée du Japon au caramel
- Autres recettes
Propriétés médicinales
Usages au Japon
- Les jeunes pousses sont consommées crues ou cuites. Au printemps, les jeunes pousses, semblables à celles du bambou, sont cueillies avant que la tige et les feuilles ne se séparent. On enlève l'écorce et on les mange crues. Les enfants les ramassent sur les bords des chemins et les mâchent en marchant. Elles ont un goût acide en raison de la présence d'acides organiques et en particulier d'acide oxalique qui leur donne une certaine âpreté. Leur consommation en trop grande quantité à l'état naturel peut avoir des effets néfastes sur la santé.
- Un usage mieux approprié consiste à les faire bouillir puis à les passer à l'eau froide. Elles perdent ainsi leur âpreté mais aussi leur saveur agréablement acidulée.
- L'hiver quand les tiges commencent à dépérir, on arrache les rhizomes et on les met à sécher. On les appelle kojôkon (虎杖 racine de canne de tigre). Elles servent dans la pharmacopée traditionnelle pour amollir les selles et faciliter l'évacuation urinaire. Les jeunes feuilles malaxées sur des éraflures qui saignent stoppent l'hémorragie et calment la douleur. D'où le nom de la plante itadori (痛取 イタドリ ôte-douleur).
Usages en Chine
Le rhizome séché et les jeunes feuilles de cette renouée (appelée 虎杖 huzhang en chinois) sont utilisés comme matière médicale en Chine. Ils sont inscrits à la Pharmacopée Chinoise (1999). Le rhizome est utilisé comme analgésique, antipyrétique, diurétique, expectorant, dans le traitement de la bronchite chronique, l’hépatite, la diarrhée, le cancer, l’hypertension, l’athérosclérose, la leucorrhée, une brûlure, une piqure de serpent.
Composition
- La renouée du Japon est la plante connue pour être la plus riche en resvératrol, une molécule trouvée aussi dans le vin rouge, qui n’a cessé de susciter depuis les années 90 un intérêt toujours renouvelé de la part des biologistes et des revendeurs de compléments alimentaires . Les rhizomes accumulent de 20 à 50 fois plus de resvératrol que les autres parties. Pour Bae et Pyee (2004), les rhizomes contiennent environ 197 μg/g MS de resvératrol alors que les tiges n’en ont que 9 et qu’aucune trace n’a été détectée dans les feuilles. Une trentaines de constituants ont été isolés dans les rhizomes. Les composés ayant un intérêt pharmacologique peuvent être regroupés dans les cinq classes suivantes : les anthraquinones, les stilbènes, les flavonoïdes, les lignanes et les composés phénoliques.
- Constituants du rhizome de Fallopia japonica (Polygonum cuspidatum)
Famille Composés Anthraquinones Emodol (émodine) et ses glucosides, glucoside d’émodine-8-O-(6′-O-malonyl), physcione, Stilbènes Resvératrol, glucoside de galloyl resvératrol, picéide, Flavonoïdes Catéchine et ses dérivés, gallate de dimère procyanidol, Composés phénoliques Acide gallique, acide benzoïque.
- Les anthraquinones, aux doses thérapeutiques habituelles, sont des laxatifs stimulants. L’émodol a aussi des propriétés oestrogéniques. Les flavonoïdes comportent quelques puissants antioxydants.
- Les stilbènes comportent le resvératrol et ses dérivés, aux propriétés pharmacologiques prometteuses. Le resvératrol est présent à des doses suffisamment importantes pour permettre une extraction par l’industrie pharmaceutique. La quantité de constituants de la racine « de P. cuspidatum ramassé dans diverses régions de Chine varient considérablement suivant les conditions de culture, le procédé de séchage, les conditions de stockage etc. ». (Zhang et al.). Ces auteurs donnent la fourchette suivante : de 6 à 29 μg/g MS de resvératrol (par chromatographie en phase inverse RP-HPLC). Par une autre méthode (chromatographie sur couche mince HPTLC), Zhao et collaborateurs (2005)trouvent 1810 μg/g MS.
- L’industrie chinoise traiterait actuellement 6000 tonnes de rhizomes de F. japonica et proposerait 60 tonnes d’extraits plus ou moins purs sur le marché. De nombreux compléments alimentaires riches en resvératrol sont apparus sur le marché. Ils associent en général aux polyphénols du raisin, des extraits de renouée du Japon, fournissant un resvératrol abondant et meilleur marché.
Autres usages
- En Europe, c'est une plante mellifère intéressante pour les apiculteurs car elle fleurit à la fin de l'été, à une époque où peu de fleurs subsistent. Mais pour cela, les renouées du Japon auront fait dispararaitre d'autres plantes à fleurs, indigènes celles-ci. Les apiculteurs du nord-est des Etats-Unis en font un miel monofloral, appelé "miel de bambou" (bamboo honey), de couleur brun foncé, corsé comme le miel de sarrasin.
- Pendant la guerre, quand il y a eu pénurie de feuilles de tabac, on a mélangé au tabac des feuilles d'itadori.
- En Inde et en Asie du Sud-Est, on utilise les feuilles d'itadori surtout comme rouleau à chiquer.
Confusions possibles
Nuisances crées par son invasion
- Considérée comme une plante très décorative, elle a longtemps été introduite dans beaucoup de jardins et vendue par des jardineries. Dépourvue de prédateurs locaux et de compétiteurs, elle s'est avérée très invasive et donc défavorable à la biodiversité. Sa progression se fait au détriment de la flore locale (comme l'angélique des estuaires, Angelica heterocarpa Lloyd, endémique de quelques estuaires), mais aussi de la diversité en vertébrés et surtout d'invertébrés (abondance totale diminuée en moyenne d’environ 40% sur les cours d'eau inventoriés, avec un nombre de groupes d’invertébrés diminué de 20 à 30%). Ceci expliquerait que comme d'autres plantes invasives, la renouée fasse reculer les populations d’amphibiens, reptiles, et oiseaux ainsi que de nombreux mammifères des habitats ripicoles, car ces derniers dépendent directement ou indirectement des espèces herbacées autochtones et/ou des invertébrés associés pour leur survie. La renouée est fréquente sur des néo-sols et milieux dégradés et pauvres en biodiversité du fait de son mode de propagation par transport de fragments de rhizomes.
En Europe
- Introduite en Europe au XIXe siècle, notamment au Pays-Bas, comme plante ornementale des jardins, les renouées du Japon se sont naturalisées à la fin du XIXe siècle mais n’ont commencé leur colonisation exponentielle qu’au milieu du XXe siècle. Elles se sont répandues sur les terrains remaniés, le long des axes routiers et des voies ferrés et surtout le long des cours d'eau posant de graves problèmes écologiques. Les activités humaines, surtout par le déplacement de terres contaminées par des rhizomes, à l’occasion de travaux de génie civil et rural, et les crues, qui arrachent ces mêmes rhizomes (ou des tiges vertes) aux berges, sont les vecteurs essentiels de dispersion de la plante. En raison de problème de fertilité, la dispersion des graines reste assez anecdotique.
- En Grande Bretagne, la loi interdit de disperser volontairement la plante et impose d'éradiquer la plante des terrains constructibles.
- En France, une loi existe aussi contre les introductions, volontaires ou non, d'espèces invasives (L411-3) mais elle ne s'applique pour l'instant qu'aux Jussies.
En Amérique du Nord
- Elle a aussi été introduite en Amérique du Nord d'abord sur la côte ouest et sur la côte est des États-Unis et en 2005 les deux vagues de colonisation se sont rejoints à l'intérieur du pays. Sa progression vers le nord est jusqu'au nord du fleuve Saint-Laurent au Canada a été observée pour la première fois vers 1942 dans le quartier de Limoilou de la ville de Québec. Elle est maintenant présente à l'orée de la forêt boréale canadienne. Partout où elle s'installe, plus rien d'autre ne pousse. La province de l'Ontario lui attribue une certaine importance
- Les renouées du Japon bloquent les successions végétales naturelles en empêchant la régénération des autres plantes par semis ou rejets. Elles constituent donc une réelle menace pour l'équilibre biologique et physique des ruisseaux, des rivières et des ripisylves .
Liens externes
Plus d'informations ?
- Fiche réalisée en partenariat avec le forum "Mangez des mauvaises herbes", de l'Association Savoureuses Plantes Sauvages.
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Sources :
